Lundi 27 août 2007
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Les promesses de Sarkozy lors de la campagne ont contribué à le faire gagner
On a tous en souvenir le débat télévisé du second tour de l'élection présidentielle Sarkozy / Royal ou encore les nombreuses apparitions de ces deux candidats
dans les médias. D'un côté, on avait Sarkozy, sûr de lui, qui annonçait d'un ton péremptoire la liste des mesures qu'il mettrait en place de manière concrète et précise sans se préoccuper de leur
faisabilité. Il insistait d'ailleurs à l'époque sur la nécessité de tenir sa parole : "tout ce que j'ai dit, je le ferai". D'un autre côté, il y avait Ségolène Royal. Imprécise sur ces
propositions, insistant toujours sur la nécessité de dialoguer avant d'annoncer à l'avance des décisions qui seraient de toute façon modifiées, elle est apparue comme insuffisamment volontaire, pas
assez experte pour avoir un programme très précis. La droite ne s'est d'ailleurs pas privé de souligner cette ignorance supposée de la candidate socialiste, qui n'était en fait que de la franchise
et une volonté de montrer aux syndicats que tout n'est pas décidé avant même la négociation. Sarkozy est apparu tout au cours de la campagne comme un candidat avec des convictions très ancrées,
inflexible, qui ne dévierait pas de son programme. Il a aussi dit aux Français ce qu'ils avaient envie d'entendre avec des cadeaux fiscaux (succession...), en promettant une réduction de la dette
et la non intégration de la Turquie dans l'UE. Il a également critiqué à plusieurs reprises les 35 heures considérées comme le mal incarné. Les Français, qui avaient besoin de savoir dans quelle
direction on allait les mener et de sentir que leur nouveau leader connaîtrait bien ses dossiers ont choisi Sarkozy. C'est une des raisons de la défaite de Royal.
Les contraintes qui ont rendu les promesses de Sarkozy intenables
Dans notre pays, de nombreuses contraintes réduisent la marge de manoeuvre de notre gouvernement, influençant considérablement ses projets de réforme.
Nous avons ainsi dans notre pays une gigantesque administration qui n'est ni de droite ni de gauche. Elle fait son travail et ne va pas changer sa façon de fonctionner tous les 5 ans lors de chaque
alternance. Il y a d'ailleurs une forte inertie dans cette administration qui est loin d'être corvéable à merci. Cette administration, souvent réfractaire aux réformes, tend à les recentrer
lorsqu'elles sont trop de droite ou trop de gauche. Elle doit être prise en compte par le pouvoir. Le Conseil Constitutionnel joue au ssi son rôle en censurant les projets qui ne lui
apparaissent pas conformes à la constitution.
De plus, nous avons des syndicats, qui s'ils ne sont très représentatifs avec un nombre de syndiqués assez faible, n'en reste pas moins efficaces pour faire front face à des réformes jugées
inacceptables. Surtout quand leur combat est ensuite relayé par l'opinion publique.
Enfin, nous ne sommes pas un pays coupé du monde. Nous sommes partie intégrante de l'Union Européenne et somme soumis par la même occasion à un certain nombre de contraintes, pour le plus grand
bien de la France la plupart du temps. L'Europe empêche la France de faire n'importe quoi et réduit la marge de manoeuvre de Sarkozy, de nombreuses décisions se prenant désormais à Bruxelles. Dans
le domaine diplomatique, nous sommes là aussi contraints à un certain pragmatisme : au delà de nos idéaux, nous ne pouvons pas dire et faire n'importe quoi, de nombreux intérêts étant en jeu.
Sarkozy n'est pas un novice en politique. Il était parfaitement conscient que son programme devrait s'adapter pour emporter l'adhésion de tous les Français et convenir aux contraintes de nos
partenaires. Il a en quelque sorte manipulé les Français lors de la campagne en sous estimant volontairement ces contraintes.
Les promesses de Sarkozy face à la réalité
- "travailler plus pour gagner plus" : ce slogan marketing, scandé comme un message publicitaire tout au long de
la campagne, a fini par convaincre les Français. Avec Sarkozy, tout le monde pourrait travailler plus pour gagner plus. Ce que Sarkozy avait omis de préciser, c'est que cela dépendrait du bon
vouloir de l'employeur. Et quand ce n'est pas dans leur intérêt, ils ne vont pas payer des heures supplémentaires. Le nombre de bénéficiaires apparaît ainsi nettement plus réduit. Dans le domaine
publicitaire, on dirait que c'est de la publicité mensongère.
- un fonctionnaire sur deux partant à la retraite sera remplacé : la
gauche avait dénoncé durant la campagne la non faisabilité de cette mesure, soulignant qu'il y avait plusieurs secteurs, notamment la justice, où il faudrait au contraire augmenter le nombre de
crédits et de fonctionnaires. Sarkozy a finalement revu sa copie, ne remplaçant qu'un fonctionnaire sur 3.
- le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt : Sarkozy l'avait
promis de façon rétroactive, assurant que tous les emprunts en bénéficieraient pour engranger un maximum de votes. Le Conseil Constitutionnel l'a interdit pour les prêts contractés avant le 6 mai,
comme Sarkozy devait s'y attendre et comme il l'avait sûrement anticipé.
- la loi d'autonomie sur les Universités : face à l'opposition
catégorique des syndicats étudiants, Sarkozy a douci son texte, supprimant la sélection au niveau du master qui était pourtant un point clé de la Loi.
- Adhésion de la Turquie : alors que Sarkozy s'était montré catégorique à de nombreuses reprises, clamant à qui voulait l'entendre qu'il
s'opposerait à toute entrée de la Turquie dans l'Europe (et glanant ainsi de nombreux votes de l'extrême droite), il entrouvre désormais la porte de l'Union à ce même pays.
Il a ainsi déclaré récemment dans son discours d'ouverture de la XVe conférence des ambassadeurs." la France ne s'opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l'Union et la
Turquie soient ouverts dans les mois et les années qui viennent". Or, il aurait très bien pu refusé ces négociations, refermant automatiquement le dossier d'adhésion turc, celui-ci étant soumis à
la règle de l'unanimité.
- les 35 heures : Sarkozy n'est pas cohérent avec lui-même. Après
avoir critiqué sans vergogne pendant toute la campagne les fameuses 35 heures (qui avaient déjà été assoupli par Fillon), il n'a rien fait sur ce thème et ne compte rien faire. On ne reviendra donc
probablement pas aux 39 heures sous son mandat.
a été considérablement critiqué par la droite pour son ignorances
- la réduction de la dette : le programme de l'UMP parlait de ramener
en cinq ans la dette publique sous la barre des 60 % du PIB, comme l'Europe lui impose (elle est aujourd'hui à 66%). On comprend mal comment Sarkozy pourrait tenir cette promesse alors qu'il
ne fait que creuser ce même déficit public depuis qu'il est élu. Les cadeaux fiscaux ne montrent en tout cas pas le chemin à suivre. C'est pourtant selon Sarkozy, "une
question de soutenabilité financière, ou pour le dire autrement, de bon sens". Où est donc passé le "bons sens" de Sarkozy ?devant l'UE que de ramener le déficit à 1,8%
en 2008 (il sera en réalité de 2,4%).
On pourrait citer de nombreuses autres promesses vendeuses que le gouvernement n'a pas tenu ou ne tiendra pas. Au contact de la réalité, Sarkozy a revu ses promesses à la baisse, les élections
passées. Et c'est justement ce que je lui reproche. Durant la campagne, il a multiplié les promesses dans le but de lui rapporter des votes, tout en étant parfaitement conscients qu'elles ne
seraient pas applicables en l'état. Royal, qui s'est montré plus réaliste, a moins fait recette. Sarkozy devrait pourtant mieux prendre en compte les contraintes extérieures avant de prôner un
programme qui devra être adapté et recentré.
La gauche peut toutefois se réjouir de voir que toutes les mesures de Sarkozy ne passeront pas en l'état et doit continuer à se battre pour informer le public et forcer le gouvernement à être plus
juste en gardant en tête l'intérêt national.
De plus, Sarkozy ne respecte pas l'engagement qu'avait pris Dominique de Villepin
Par Sam
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Publié dans : Politique
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