Les promesses de Sarkozy lors de la campagne ont contribué à le faire gagner
On a tous en souvenir le débat télévisé du second tour de l'élection présidentielle Sarkozy / Royal ou encore les nombreuses apparitions de ces deux candidats
dans les médias. D'un côté, on avait Sarkozy, sûr de lui, qui annonçait d'un ton péremptoire la liste des mesures qu'il mettrait en place de manière concrète et précise sans se préoccuper de leur
faisabilité. Il insistait d'ailleurs à l'époque sur la nécessité de tenir sa parole : "tout ce que j'ai dit, je le ferai". D'un autre côté, il y avait Ségolène Royal. Imprécise sur ces
propositions, insistant toujours sur la nécessité de dialoguer avant d'annoncer à l'avance des décisions qui seraient de toute façon modifiées, elle est apparue comme insuffisamment volontaire, pas
assez experte pour avoir un programme très précis. La droite ne s'est d'ailleurs pas privé de souligner cette ignorance supposée de la candidate socialiste, qui n'était en fait que de la franchise
et une volonté de montrer aux syndicats que tout n'est pas décidé avant même la négociation. Sarkozy est apparu tout au cours de la campagne comme un candidat avec des convictions très ancrées,
inflexible, qui ne dévierait pas de son programme. Il a aussi dit aux Français ce qu'ils avaient envie d'entendre avec des cadeaux fiscaux (succession...), en promettant une réduction de la dette
et la non intégration de la Turquie dans l'UE. Il a également critiqué à plusieurs reprises les 35 heures considérées comme le mal incarné. Les Français, qui avaient besoin de savoir dans quelle
direction on allait les mener et de sentir que leur nouveau leader connaîtrait bien ses dossiers ont choisi Sarkozy. C'est une des raisons de la défaite de Royal.
Les contraintes qui ont rendu les promesses de Sarkozy intenables
Dans notre pays, de nombreuses contraintes réduisent la marge de manoeuvre de notre gouvernement, influençant considérablement ses projets de réforme.
Nous avons ainsi dans notre pays une gigantesque administration qui n'est ni de droite ni de gauche. Elle fait son travail et ne va pas changer sa façon de fonctionner tous les 5 ans lors de chaque
alternance. Il y a d'ailleurs une forte inertie dans cette administration qui est loin d'être corvéable à merci. Cette administration, souvent réfractaire aux réformes, tend à les recentrer
lorsqu'elles sont trop de droite ou trop de gauche. Elle doit être prise en compte par le pouvoir. Le Conseil Constitutionnel joue au ssi son rôle en censurant les projets qui ne lui
apparaissent pas conformes à la constitution.
De plus, nous avons des syndicats, qui s'ils ne sont très représentatifs avec un nombre de syndiqués assez faible, n'en reste pas moins efficaces pour faire front face à des réformes jugées
inacceptables. Surtout quand leur combat est ensuite relayé par l'opinion publique.
Enfin, nous ne sommes pas un pays coupé du monde. Nous sommes partie intégrante de l'Union Européenne et somme soumis par la même occasion à un certain nombre de contraintes, pour le plus grand
bien de la France la plupart du temps. L'Europe empêche la France de faire n'importe quoi et réduit la marge de manoeuvre de Sarkozy, de nombreuses décisions se prenant désormais à Bruxelles. Dans
le domaine diplomatique, nous sommes là aussi contraints à un certain pragmatisme : au delà de nos idéaux, nous ne pouvons pas dire et faire n'importe quoi, de nombreux intérêts étant en jeu.
Sarkozy n'est pas un novice en politique. Il était parfaitement conscient que son programme devrait s'adapter pour emporter l'adhésion de tous les Français et convenir aux contraintes de nos
partenaires. Il a en quelque sorte manipulé les Français lors de la campagne en sous estimant volontairement ces contraintes.
Les promesses de Sarkozy face à la réalité
- "travailler plus pour gagner plus" : ce slogan marketing, scandé comme un message publicitaire tout au long de
la campagne, a fini par convaincre les Français. Avec Sarkozy, tout le monde pourrait travailler plus pour gagner plus. Ce que Sarkozy avait omis de préciser, c'est que cela dépendrait du bon
vouloir de l'employeur. Et quand ce n'est pas dans leur intérêt, ils ne vont pas payer des heures supplémentaires. Le nombre de bénéficiaires apparaît ainsi nettement plus réduit. Dans le domaine
publicitaire, on dirait que c'est de la publicité mensongère.
- un fonctionnaire sur deux partant à la retraite sera remplacé : la
gauche avait dénoncé durant la campagne la non faisabilité de cette mesure, soulignant qu'il y avait plusieurs secteurs, notamment la justice, où il faudrait au contraire augmenter le nombre de
crédits et de fonctionnaires. Sarkozy a finalement revu sa copie, ne remplaçant qu'un fonctionnaire sur 3.
- le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt : Sarkozy l'avait
promis de façon rétroactive, assurant que tous les emprunts en bénéficieraient pour engranger un maximum de votes. Le Conseil Constitutionnel l'a interdit pour les prêts contractés avant le 6 mai,
comme Sarkozy devait s'y attendre et comme il l'avait sûrement anticipé.
- la loi d'autonomie sur les Universités : face à l'opposition
catégorique des syndicats étudiants, Sarkozy a douci son texte, supprimant la sélection au niveau du master qui était pourtant un point clé de la Loi.
- Adhésion de la Turquie : alors que Sarkozy s'était montré catégorique à de nombreuses reprises, clamant à qui voulait l'entendre qu'il
s'opposerait à toute entrée de la Turquie dans l'Europe (et glanant ainsi de nombreux votes de l'extrême droite), il entrouvre désormais la porte de l'Union à ce même pays.
Il a ainsi déclaré récemment dans son discours d'ouverture de la XVe conférence des ambassadeurs." la France ne s'opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l'Union et la
Turquie soient ouverts dans les mois et les années qui viennent". Or, il aurait très bien pu refusé ces négociations, refermant automatiquement le dossier d'adhésion turc, celui-ci étant soumis à
la règle de l'unanimité.
- les 35 heures : Sarkozy n'est pas cohérent avec lui-même. Après
avoir critiqué sans vergogne pendant toute la campagne les fameuses 35 heures (qui avaient déjà été assoupli par Fillon), il n'a rien fait sur ce thème et ne compte rien faire. On ne reviendra donc
probablement pas aux 39 heures sous son mandat.
a été considérablement critiqué par la droite pour son ignorances
- la réduction de la dette : le programme de l'UMP parlait de ramener
en cinq ans la dette publique sous la barre des 60 % du PIB, comme l'Europe lui impose (elle est aujourd'hui à 66%). On comprend mal comment Sarkozy pourrait tenir cette promesse alors qu'il
ne fait que creuser ce même déficit public depuis qu'il est élu. Les cadeaux fiscaux ne montrent en tout cas pas le chemin à suivre. C'est pourtant selon Sarkozy, "une
question de soutenabilité financière, ou pour le dire autrement, de bon sens". Où est donc passé le "bons sens" de Sarkozy ?devant l'UE que de ramener le déficit à 1,8%
en 2008 (il sera en réalité de 2,4%).
On pourrait citer de nombreuses autres promesses vendeuses que le gouvernement n'a pas tenu ou ne tiendra pas. Au contact de la réalité, Sarkozy a revu ses promesses à la baisse, les élections
passées. Et c'est justement ce que je lui reproche. Durant la campagne, il a multiplié les promesses dans le but de lui rapporter des votes, tout en étant parfaitement conscients qu'elles ne
seraient pas applicables en l'état. Royal, qui s'est montré plus réaliste, a moins fait recette. Sarkozy devrait pourtant mieux prendre en compte les contraintes extérieures avant de prôner un
programme qui devra être adapté et recentré.
La gauche peut toutefois se réjouir de voir que toutes les mesures de Sarkozy ne passeront pas en l'état et doit continuer à se battre pour informer le public et forcer le gouvernement à être plus
juste en gardant en tête l'intérêt national.
De plus, Sarkozy ne respecte pas l'engagement qu'avait pris Dominique de Villepin
Par Sam
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Une défaite aux airs de victoire pour le PS...
Désormais, c'est officiel. L'UMP a une majorité absolue et pourra conduire sa politique pendant 5 ans...
Mais en face de l'étendue bleue, il y aura une opposition nettement plus
forte qu'annoncée, qui sera capable de faire entendre sa voix et son point de vue. C'est une bonne nouvelle pour la démocratie et pour un meilleur fonctionnement de l'assemblée nationale, à
condition toutefois que le rôle de l'opposition ne se cantonne pas à l'obstruction systématique mais soit plus axé sur des propositions alternatives. Je fais confiance au PS new look pour jouer ce
rôle en débattant de manière constructive avec l'UMP.
Il y aura donc finalement près de 212 élus représentant le PS et ses alliés à l'assemblée nationale, soit une bonne cinquantaine de plus qu'en 2002. Je souris en repensant aux projections fournis
la semaine dernière ou entre les 2 tours qui prévoyaient pour certains moins de 100 députés socialistes à l'assemblée. Ce serait facile de critiquer les sondeurs qui ont été cette fois-ci à côté de
la plaque mais je m'en abstiendrai, connaissant la difficulté de faire de telles estimations...
Notons que lors de ces élections, le pays a fait un pas de plus vers le bipartisme, la quasi totalité des députés appartenant aux 2 formations politiques dominantes - le PS affirmant encore un peu
plus son hégémonie sur la gauche. A quand la proportionnelle pour apporter un peu de variétés et de diversité à l'assemblée ? Je pense qu'il faudra attendre encore au moins 5 ans, à moins que
Sarkozy ne se décide à agir...
Les raisons du rebond de la "pluralité"
Je vois 2 raisons essentielles à ce ressac de la vague bleue :
1 - les électeurs de l'UMP voyant que les élections étaient déjà pliés ont préféré rester chez eux tandis que l'électorat de gauche et du centre s'est déplacé pour apporter un peu de pluralité à
l'assemblée et faire en sorte de ne pas donner de chèque en blanc à l'UMP. Les électeurs du MoDEM se sont ainsi très bien reportés sur les candidats PS, préférant la diversité à l'hégémonie. Le
message est clair : "OK pour voir ce que donne sarkozy président avec un gouvernement à sa solde mais attention, ne faites pas n'importe quoi, nous restons vigilants et nous voulons des députés
pour faire entendre notre voix à l'assemblée."
2 - l'opposition a bien joué le coup de la TVA sociale en mettant en évidence le flou artistique du gouvernement sur ce sujet, les ministres se contredisant entre eux avant que Sarko ne rappelle
tout le monde à l'ordre... Face à des électeurs traumatisés par la baisse de leur pouvoir d'achat, la possibilité de voir les prix augmenter suite à une hausse de la TVA a fait mouche, à juste
titre. Cela a montré aux électeurs que l'UMP n'allait pas faire que des cadeaux durant les 5 prochaines années mais avait aussi des projets plus secrets car moins populaires...
Des personnalités au tapis !
Ces élections ont porté un coup peut-être fatal à la carrière politique de quelques personnalités. Petit tour des grands perdants de ces élections :
- la défaite hautement symbolique de Juppé à Bordeaux : dans une circonscription acquise à la droite depuis 1947 (excusez du peu), le numéro 2 du gouvernement Juppé a succombé de peu face à Michèle
Delaunay, une socialiste presque novice en politique. Avec 49% des voix, il se retrouve contraint à une nouvelle mise entre parenthèse de sa participation au gouvernement. Il a toutefois eu la
dignité d'annoncer lui-même sa démission du gouvernement, laissant transparaitre dans sa voix une certaine émotion. Je n'ai cependant aucune peine de le voir partir, bien au contraire. C'est un
camouflet pour le gouvernement et pour cet homme droit dans ses bottes à l'égo légèrement démesuré... Il ne lui reste plus qu'à démissionner de la mairie de Bordeaux pour pouvoir retrouver ses
chers étudiants québécois.
- la mise à la retraite de Chevènement : cette fois, c'est la fin. Cette défaite large laisse augurer des lendemains difficiles pour Chevènement en politique. Mais il a déjà rescussité une fois
alors pourquoi pas deux ?
- les autres personnalités out : elles sont nombreuses du côté des ex minsitres UMP :
Alain Carignon, Arno
Klarsfeld, Jean-Louis Bruguière, Renaud Donnedieu de Vabres, Léon Bertand. Côté PS, on note essentiellement la défaite de Vincent
Peillon, l'un des leaders du nouveau parti socialiste.
Les proches de Royal s'en sortent bien
Arnaud Montebourg (de justesse), Delphine Batho (la remplaçante de Ségo), Jean-Jack Queyranne, Julien Dray, Aurélie Filippetti, Jack Lang, Jean-Marc Ayraut
et Jean-Louis Bianco seront les représentants de Ségolène à l'assemblée, renforçant ainsi l'emprise de Royal sur le PS. Les lieutenants de DSK et Fabius, moins nombreux, seront aussi au
RDV.
L'heure est maintenant à la rédaction de projets alternatifs et à la clarification de la ligne du PS !
Avec ce nombre plus que raisonnable de députés, le PS est réellement en mesure d'accomplir sa mue idéologique et de devenir une force
d'opposition crédible et constructive. Il faut dès maintenant commencer à élaborer des projets pour remettre la France sur le bon chemin et clarifier la future ligne du PS. Une fois encore,
j'appelle tous les réformateurs à s'allier pour prendre le parti et imposer leur ligne social-démocrate au reste du PS en gagnant la majorité des votes des militants. DSK et Royal ensemble à la
tête du futur PS tout en intégrant aux plus hauts postes des jeunes de divers horizons, cela permettrait de vraiment moderniser le PS, sans tabous et avec de l'audace.
Par Sam
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